Hot topics : 1. Comment nourrir le monde et protéger la planète ?
2. Comment l’innovation peut-elle réduire la fragilité des populations les plus pauvres pour les intégrer à une société durable ?
Objectif : présenter l’originalité et l’intérêt des systèmes de production durables CIVAM.
Des agriculteurs français des CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu Rural) et du RAD (Réseau d’Agriculture Durable) ont fait le choix de répondre à diverses priorités sur leurs territoires :
- Des préoccupations agronomiques et écologiques en privilégiant des systèmes de production économes en intrants et en énergie.
- Des préoccupations sociales et économiques en favorisant l’emploi, la solidarité et les échanges pour une production plus autonome.
Le choix de ces systèmes de production est appuyé par des techniciens de terrain (animateurs) qui sont chargés d’accompagner, d’animer et de suivre des groupes d’agriculteurs volontaires. En valorisant la productivité, cette agriculture s’adapte mieux aux aléas climatiques et offre plus de sécurités en terme d’autonomie, de valorisation de la production, d’emploi et d’écologie.
L’originalité de cette démarche repose sur des expérimentations dont l’objet est de s’appuyer sur les trois piliers de la durabilité : respect de l’environnement, équité sociale et viabilité économique. Divers projets sont animés avec l’appui des collectivités territoriales, de l’Etat et de partenariats. Ces liens ont créé sur les territoires une dynamique en faveur d’une agriculture durable tout en développant une synergie entre Développement, Recherche et Formation.
Quelles réponses apportent les systèmes de production durables (170 groupes CIVAM, 8000 adhérents en France) ? Sont ils transposables à grande échelle ?
Ces innovations ont diffusé au sein des groupes d’agriculteurs en suivant plusieurs étapes méthodologiques :
- Expérimentation de nouvelles pratiques autonomes et économes avec l’appui de techniciens (formations) et l’animation de groupes CIVAM pour l’échange d’expériences.
- Réalisation de diagnostics d’exploitation par des animateurs sur des axes de durabilité à partir d’indicateurs (outils : Dialecte, Planète, IDEA, RAD, grille CIVAM...).
- Collecte et analyse des résultats pour une restitution en groupe avec l’enquêteur.
- Propositions d’améliorations par des changements de pratiques et des innovations (animations de terrain, formations, échanges de savoirs entre agriculteurs).
- Suivi des fermes par les animateurs (innovations et enquêtes).
- Evaluation et capitalisation des résultats obtenus et communication.
Les expérimentations CIVAM et RAD, menées depuis une quinzaine d’années, ont été concluantes dans plusieurs régions pour les systèmes herbagers en élevage bovin et ovin. Elles ont permis d’élaborer un observatoire technico-économique sur 79 fermes (RAD) et 44 fermes en Bretagne (sous l’angle analyse environnementale, SFEI : système fourrager économe en intrants), un projet CIVAM en Grandes cultures économes sur 60 fermes et un diagnostic à l’échelle nationale (50 fermes en 2009/2010). D’autres actions de diagnostic ont été menées en moyenne montagne et plus localement en méditerranée. Ces actions s’appuient sur des outils connus (IDEA, Planète et Dialecte) appliquées sur plusieurs centaines d’exploitations en France et sur une grille de 20 indicateurs élaborée par le réseau CIVAM (2009). Les indicateurs de la certification HVE (Haute Valeur Environnementale) de niveau 3 y sont intégrés à titre expérimental. Les résultats indiquent que la grande majorité des exploitations étudiées sont recevables en HVE de niveau 3 (71 %) avec des systèmes de production plus performants que d’autres (par exemple 90 % des systèmes herbagers dans 20 exploitations).
Les résultats obtenus pour l’ensemble des exploitations concluent que des efforts notables ont été obtenus en économie d’intrants (- 60 à – 80 %). L’objectif du Grenelle soit – 50 % de pesticides en moins est dépassé pour 90 % des exploitations étudiées. L’ensemble des paramètres environnementaux mesurés (biodiversité, bilan azoté, légumineuses, IFT, diversité végétale, sols nus, consommation en énergie) indique que ces exploitations ont fait des efforts notables pour l’environnement.
Sur le plan de la productivité apparente, les rendements obtenus restent inférieurs à la moyenne par animal ( - 20 % en lait et viande pour 79 fermes analysées par orientation en 2007 par le RAD) mais l’écart est réduit ici à 6 % (produit/SAU) en prenant en compte que la SAU est inférieure en durable (- 10 %). La production ramenée à l’exploitation serait également meilleure (plus de gestion agronomique). La valeur ajoutée reste équivalente du fait d’une forte baisse des charges pour les productions durables (économies en intrants et en énergies). La qualité des produits y est théoriquement plus élevée que la moyenne (cahier des charges AB pour 25 % des exploitants analysés, peu de pesticides et d’engrais, variétés ou races plus rustiques, alimentation à l’herbe, plus d’agronomie : protection des sols, rotations, diversité, fumure organique, légumineuses et circuits courts).
Sur le plan socio-économique, la main-d’œuvre y est plus importante avec une large implication des femmes (13 % d’UTH en plus en ramenant à l’hectare sur une comparaison du RAD avec le RICA : Réseau d’Informations Comptables Agricoles). Globalement, les exploitations en agriculture biologique ou durable sont réputées pour une bonne contribution à l’emploi local (enquêtes CIVAM 2009). Les performances économiques y sont meilleures : moins de primes (-18 % au RAD) et taux d’endettement plus bas lié à un équipement plus modeste et des surfaces plus réduites. Les exploitations durables restent toutefois pénalisées par absence de mesures incitatives ou d’aides ciblées de l’Etat. Cependant, la richesse créée est supérieure à la moyenne avec un ratio valeur ajoutée/produit plus élevé (54 % contre 43 % pour le RICA). Globalement, les performances sociales y sont plus avantageuses que ce soit pour l’emploi, le temps libre dégagé, les circuits courts ou l’accès au foncier. Le plus faible capital investi (-21 %) y facilite la transmission de l’exploitation.
Le développement d’une agriculture plus économe et plus autonome favoriserait le maintien voire la création d’emplois en milieu rural. Elle permettrait une meilleure protection de l’environnement, une économie notable en énergies et intrants et répondrait plus facilement à des logiques d’approvisionnement local (circuits courts). Répondant aux objectifs du Grenelle de l’environnement, ce type d’agriculture pourrait être développé à plus grande échelle avec un appui politique national et des aides ciblées.
Dans l’étude de la durabilité, la productivité devrait être analysée suivant d’autres critères (utilisation des surfaces, diversité végétale, économie en énergies et intrants). Les résultats de cette agriculture restent liés à des innovations de terrain qui constituent un levier de transfert favorisant le développement durable des territoires. Pour développer cette agriculture durable, l’installation est déterminante notamment en situation périurbaine ou dans des parcours d’accompagnement de porteurs de projets sur des territoires.
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